jeudi 8 mai 2008

Colima, troisième manche

Je ne sais pas bien si mes journaux de terrain à Colima vous intéressent autant que les récits semi-paradisiaques de week-end, mais je m’éclate toujours à les faire, mais ne vous sentez pas obligés de tout lire !

La troisième semaine de terrain a Colima s’est avérée gratinée comme je l’annonçais précédemment ! Nous avons fait l’erreur gravissime de décider de ne partir que sur l’heure de midi puisque la première réunion de la journée est à 13h30 (bon, il est 15h, forcément, on est toujours entrain de se raconter des banalités car il manque la moitié des membres de la directive…). Erreur gravissime donc pour plusieurs raisons :

La première est qu’on a fait le choix de cuisiner un peu moins et d’acheter notre poulet/riz a emporter pour un peu plus de facilité ; n’empêche qu’avec un sac a dos avec ordi et matériel de base dont a besoin une fille « pas trop fille » dans un pays en développement pendant deux jours pour conserver son odeur fraiche et agréable, des sacs de légumes, pates, agréments en tout genre parce qu’on se lasse vite des carottes râpées nature, et de nos plats à emporter-qu’il-faut-tenir-bien-droit-pour-pas-que-ça-coule ; bref, toutes ces choses pour nos quatre petites mains, nos grandes jambes et les bus adaptés a la taille des locaux (voir pour comprendre la photo avec notre petite vieille de la Hacienda, elle fait le taille standard, j’ai l’air d’un monstre à côté), ça donne un plan complètement galère…

La deuxième est qu’à cette heure de la journée, il fait tellement plus chaud qu’à 8h le matin… No more comment !

La troisième est que le changement de bus implique un arrêt le long d’une route hyper fréquentée, en plein soleil, de quoi attraper des coups de soleil ou une insolation en 5 minutes d’exposition…

Tout ça pour dire que déjà, ça commence fort…

Réunions pas si impossibles que ça à organiser l’après-midi, nous apprenons plein de choses (je pourrais vous parler du fonctionnement de toilettes sèches pendant des lignes si vous êtes demandeurs !) et puis à 18h, comme il nous manquait encore je sais plus trop quoi, ah oui, de l’eau ( !), on s’achemine avec l’objet de notre dernière entrevue, Pascual, le Président de l’Association de Développement Social et Economique de Colima, vers sa maison où sa femme tient un petit commerce où l’on pourra trouver l’essentiel. Pascual était un de ces méchants du début, qui nous regardaient bizarrement et faisaient exprès de mal parler pour qu’on passe encore plus pour des boulets (crise de paranoïa à peine avancée…) ; et puis en fait, il a compris qu’on pouvait servir à quelque chose, qu’on était présentes toutes les semaines, à l’heure aux réunions, engagées et volontaires, et donc son regard a un peu changé, mais pas tant que ça son accent en fait… Chez lui, assez fier, il nous présente sa femme, ses trois enfants dont deux font des études, son Bambi dans le magasin (un vrai, je ne sais pas comment il a mis la main sur une bête pareille…), et ses petits chatons. On papote un peu, ça s’appelle la socialisation pour le travail, et ça n’a rien de désagréable !

De retour à la Hacienda, pas de piscine puisqu’il est déjà bien tard, et puis en plus, comme l’eau contient du fer, au contact du chlore, elle devient bizarre, verte comme un étang, même si on voit le fond, c’est pas super ragoutant.

Mais c’est bien du lendemain dont on peut dire que ce fut une journée folklorique. Sur le coup des 3 heures du mat’, Brocolina a encore sévi. Elle est venue comme si de rien n’était s’installer confortablement sur mon drap blanc. J’ai beau adorer les chats, je n’aime dormir qu’avec le mien qui n’a pas de puces et qui ne mange pas de chauves-souris. Tant qu’elle était au bout du lit, je l’ai laissée, mais à un moment, je me suis étirée et la saleté a saisi l’occasion au vol pour venir se caler entre mes guibolles ; comme elle faisait sa toilette et qu’elle n’arrêtait pas de bouger, j’ai dit oust ! Elle est allée se caler sans attendre sur le lit de Laure qui dormait profondément ; celle-ci s’est réveillée un peu plus tard, a senti le chat sans savoir que c’était un chat, et comme j’avais vu un rat dans le toit la veille, a donné un grand coup de pied pour se débarrasser de la chose-non-identifiée-dans-son-lit. Brocolina a valsé sur le sol, a retenté mon lit sans plus de succès, il faisait décidément beaucoup trop chaud pour qu’un chat dorme dans mes pattes !

Le lendemain matin, le programme de la journée commence par un atelier sur la séparation des déchets à l’école ; on arrive à l’heure, notre collègue Conchi a une heure de retard, et pendant ce temps, on assure le divertissement du mois à l’école ! Vous vous direz sans doute : « mais qu’est ce qu’elles foutent à l’école à faire de la formation sur les déchets ? » !! A juste titre… C’est Conchi qui se chargeait de faire la formation, nous, on était là pour se mettre au courant de tous les projets qui ont trait à l’aménagement du territoire (oui, les déchets en font partie bien sûr !). Les gamins scotchaient donc vraiment sur nous deux, y’en a carrément un qui ne nous a pas lâchées, qui nous a même touchées pour découvrir je ne sais quoi ; les petits sont curieux, les ados nous regardaient carrément différemment, genre « pourquoi vous pénétrez sur notre territoire vous deux… ? ». C’est assez marrant de voir que de 3-4 ans à 15-16 ans, ils partagent tous la même cour de récré ! On a vite repéré les mauvaises habitudes ; ils passent leur temps en récré (on a été là toute la matinée, ils sont restés en classe à peine une heure) et donc passent leur temps à acheter des saloperies à grignoter on à boire. Le pourcentage d’obèses est déjà grand dès le plus jeune âge. On a expliqué à Conchi qu’en France, les distributeurs de bouffe et boisson étaient interdits dans les écoles, elle en était sidérée !

Cela a été le début d’une grande conversation sur les us et coutumes salvadorien et français, et le plaisir de nous sentir enfin capable de tenir une discussion sur des sujets improvisés au fur et à mesure. On a notamment beaucoup ri sur le chemin du retour à la Hacienda pour déjeuner : nous nous sommes arrêtes pour acheter des tortillas, la galette de mais locale qui accompagne tous les repas. J’en commande deux pour Conchi et moi, la vendeuse s’étonne « seulement deux, mais la jeune fille là-bas ?» en désignant Laure un peu en retrait ; « Non, elle n’en prend pas, elle n’aime pas ça ! ». Et là, elle m’a regardée avec une tête et des yeux ronds, c’était comique ! Le clash des cultures, ou comment c’est possible de ne pas aimer les tortillas…

L’après-midi, réunion dans le jardin d’une habitante du caserío El Valle (un caserío est comme un quartier) ; la réunion est prévue depuis la semaine dernière, l’objectif est de trouver des volontaires pour faire une étude de génération de déchets (pesage, tri…) afin de mettre en place le système de collecte de déchets de la Comunidad. Actuellement, ils brûlent tout, c’est très toxique, et je ne vous parle même pas de tout ce qui traine et qui n’appartient à personne et qui n’est pas brûlé… Et là, c’est la blague, le match de foot Barcelone/Madrid nous concurrence sérieusement, ils ne sont qu’une poignée à la réunion. Mamamia, comment peut on travailler… Alors on attend patiemment que ça arrive au compte-goutte, et puis on arrive quand même à trouver nos 20 volontaires. Ma seule intervention sera pour expliquer qu’il faudrait prendre l’habitude d’aller faire ses courses avec des sacs en tissu ou autre pour diminuer la quantité de plastique. Quand je leur raconte qu’en France, on ne donne plus de sacs plastiques dans les supermarchés, j’ai de nouveau droit aux yeux ronds, j’adore !

Ah oui, j’ai oublié de vous dire qu’en attendant la fin du match et nos clients, on a papoté avec Wilfredo le conseiller municipal qui nous disait de ne pas prendre nos ordis avec nous pour venir ici parce qu’il y a de sérieux risques de braquages de bus ; ah oui, effectivement sur le chemin du retour, on s’est fait arrêté par les….

… flics (z’avez eu peur, hein…), qui faisait un contrôle parce qu’il y a eu du grabuge plus tôt dans la journée. Super rassurant. Et puis 20 minutes plus tard, c’est un gros camion arrêté en plein milieu de chemin qui nous empêche de passer : des gars sont en train d’essayer d’embarquer une vachette un poil rétive ; on attend patiemment, mais on finit par exploser en fou rire, ce sont les nerfs de ces deux journées bien remplies qui lâchent ! Et qu’est ce qu’il nous a paru long ce trajet de retour. Ah, faut avoir le cœur bien accroché dans ce pays quand même !!!

L’histoire ne dit pas ce qu’il adviendra de la vachette après un démarrage en trombe du camion qui la transporte et une succession de virages ultraserrés pris sans considération de la pauvre bête qui se trouve balottée à l’arrière : m’étonne qu’elle voulait pas monter la pauvre…

4 commentaires:

Jimmy a dit…

j'adore la photo où tu ressembles à une géante (genre la copine de "ho ho ho géant vert", en pas verte, mais en mangeant quand même du maïs *)!

Au fait rassure toi j'ai pas fait que regarder les photos, j'ai lu ton article aussi! (et jusqu'à la fin avec l'histoire des policiers en bus qui arrêtaient une vachette qui tentait de voler un camion...tu vois que j'ai tout lu!)

voili voilou, je conclu ce commentaire par mon unique, mon célèbre et désormais mon traditionnel bonne continuation!

*là c'est la partie où l'auteur se marre tout seul. Et celle où vous n'avez plus pour lui qu'un bref sentiment de pitié mêlé à un soupçon de désolation.

Flo a dit…

Comme promis à JM pour qu'il ne se sente pas trop seul dans sa connerie, je suis oublié de faire un commentaire de merde ! En effet, il est habile pour me tailler sur le vantaee du site de la Martine, mais il est aussi quand il a besoin d'un coup de main pour rattraper ses conneries ! ;-)

Eh ben non, Galérien, rame ! Je vais faire un vrai commentaire, et tu resteras tout seul avec ton Géant Vert et ton automutilation à la fin de ton post !

Revenons-en donc au post initial (au fait, merci, Jm ! "C'est le moment où l'auteur savoure d'avoir pourri l'un de ses meilleurs potes!) : de la possibilité pour une jeune occidentale de faire fille mais pas trop dans un pays du Sud alors qu'elle essaye de travailler au recyclage des déchets ! J'espère que tu as banni les lingettes individuelles et les déos en bombes?

Pour ce qui ets du journal de terrain, si si : très intéressant, go on, like le chaud.... (ok, j'essaye quand même de pas laisser Jm tout seul, hein !)... !

Tu peux nous en dire plus sur l'Education Au Développement (EAD) faite dans les écoles? Quelle forme prennent les programmes d'éducation aux programmes environnementaux etc ...? Quelle place prend la société civile sur ces question? Existe-t-il des associations et/ou organismes institutionnels pour sensibiliser les jeunes aux questions de développement (économique, social... etc)?

La bise, enjoy

PS : non non, ce post n'a pas vocation à te fixer une ligne éditoriale pour les suivants .... L'édition est entièrement libre et indépendanteen France, de même que la presse... 8-P

mel a dit…

J'adore ces locaux! Enfin un pays où je pourrai ressentir ce que c'est d'être plus grande que les autres!

(je vais faire un photo montage avec la madame voir de combien je la dépasse :-))!!)

Les forêts tropicales me rapellent avec un brin de nostalgie (mais moi être forte lol!) ma petite île d'acceuil!

Keep writting sweetie I love it!!

Unknown a dit…

Euh, au fait : ils ont eu des problèmes nucléaires pour avoir besoin de 3 manches, au Salvador...?

Ok, je sors

PS : JM, note les efforts que je fais pour te sauver la face ... !