vendredi 30 mai 2008

Colima, suite et fin dans l’apothéose !

Chouette, la vie de Martine a Colima, un nouvel épisode pour les lecteurs les plus assidus !

Alors en préambule, pourquoi la fin de Colima vous demanderez-vous à juste titre : il reste encore un peu plus de deux mois de stage, alors pourquoi écrit-elle « la fin dans l’apothéose » ? Une petite explication sur le chronogramme de travail s’impose alors ! Et oui, PLUS QUE deux mois de stage, ce qui veut bien dire qu’à un moment, au lieu d’aller prendre des photos du lac, se balader dans la réserve protégée, s’entretenir avec les présidents des associations locales de développement dans des petites maisons de campagne, observer les sources d’eau potables, les tas de bois et les vaches, il va bien falloir s’enfermer dans un bureau, se mettre devant un ordinateur et faire œuvre de productivité (ô productivité, sacro sainte productivité qu’il va falloir tenir 45 ans de vie active…) pour rendre des comptes à la chef et réaliser un document d’aménagement du territoire !

La vue sur le Volcan Guazapa, qui nous accompagne à chaque virée à Colima...

Je ne suis pas loin de croire que cette deuxième phase de travail tant redoutée est enfin arrivée, vu que LA chef arrive ce WE, vu que nous n’avons même pas pris le temps d’aller passer notre nuit avec les moustiques dans notre prison dorée avec la piscine à disposition, vu qu’on a passé quasi toute la semaine devant notre ordi et que la tendinite de l’épaule commence à se développer (sic). Mais plus sérieusement, la dernière visite de terrain fut collector ! Pourquoi je dis dernière visite de terrain ? Parce que pour organiser une ballade dans les camps retranchés de La Zone Une de Colima, c’est tout un poème : oui donc depuis la dernière fois, changement de programme, on ne travaille plus uniquement sur la zone urbaine, mais sur toute la zone administrative, qui est une immense zone agricole, avec 3-4 autres communautés ; j’ai pas fait un master sur les services URBAINS en réseau moi ? Ca valait bien la peine se de farcir la moitié du volume horaire du master en cours sur les statistiques du fait urbain dans les pays du sud (re-sic ! j’arrête, promis !) pour aller bosser dans une zone rurale. Bref…

Alors la Zone Une : on ne peut y aller qu’en voiture, pas de système de bus, des routes de terre plus ou moins défoncée, un peu de dénivelé, de jolies vues sur le lac, une cent-cinquantaine de familles dispersées en 4 hameaux, avec l’électricité depuis une année seulement, un réseau d’eau potable tout récent aussi, mais pas pour tout le monde, des écoles à perpette qui font que les enfants vont très vite travailler au champ, pas de moyen de locomotion, des perspectives d’avenir assez… réduites, pas de terrains de foot (et oui, super important l’infrastructure Terrain de foot), manque d’Eglise, bon, Martine a un peu de pain sur la planche comme qui dirait. Oui, quand même, un avantage : nous sommes dans une zone avec de bonnes terres agricoles a priori peu soumises à pression environnementale, ce qui explique pourquoi ces gens sont venus vivre dans le trou du cul du Municipio de Suchitoto à la fin de la guerre.



Pour nous accompagner, Wilfredo, le conseiller municipal de la zone, notre pote ( je crois qu’on peut le dire) , jeune, ponctuel (assez rare pour être relevé ici…), intelligent, gentil, disponible, bref, c’est avec plaisir qu’on part se promener, travailler avec lui ! Il nous emmène donc à la rencontre des présidents des associations de développement des 3 hameaux, et avec la voiture de la Mairie, un luxe pour lequel il faut lutter ardument auprès des bureaucrates de l’Administration de Suchitoto.



Le premier Président se fait attendre ; on patiente en compagnie de son épouse en attendant qu’il rentre des champs. On voit débarquer un vieil homme à la peau très clair et aux yeux bleus, il est magnifique. Il nous parle des problèmes de la communauté parmi lesquels je retiens la thématique suivante qui va vous changer un peu des infrastructures : l’alcoolisme. Il nous explique que le principal problème (qu’on peut généraliser au pays entier en fait) est l’alcoolisme chez les hommes. Après leur journée de travail, ils vont boire des coups et ont une fâcheuse tendance à dépenser tout l’argent gagné dans la journée. Ce qui se répercute comme suit : violence familiale dont il est difficile pour une femme sans emploi donc sans ressource de se sortir, pas d’argent pour manger pour les femmes et les enfants, pas d’argent pour épargner pour toute sorte de choses, pas d’argent pour payer les factures ; et quand il y a un peu d’argent, il est soumis à une pression de consommation impulsive. Je suis toujours étonnée du fait que les gens passent leur temps à acheter des conneries aux vendeurs ambulant qui passent dans les bus. Tout ça pour dire que si déjà ce problème pouvait être résolu, ça mettrait le pays en marche…


On aborde bien sûr d’autre sujets, les nécessités premières des gens, mais il est bien difficile de faire ressortir des envies/besoins sur le long terme. Difficile d’obtenir des informations à faire rentrer dans les cases d’un tableau. Difficile de transformer les problèmes sociaux en problèmes territoriaux. Difficile de se projeter dans la tête de ces gens et d’imaginer à leur place comment pourrait être le futur.





Voilà le tour de la zone une, où j’ai quand même eu l’impression de m’en prendre plein la figure, avant la réunion plus tard dans la journée. Réunion sur la gestion des déchets à Colima, ça fait plus de trois mois qu’ils sont sur leur projet qui n’avance pas ! Personne ne veut prendre de responsabilité, pas grand monde parvient à se mettre d’accord, tout le monde se lève à tour de rôle pour répondre au téléphone, aller chercher de l’eau, prendre un café, faire pipi, jouer avec l’Iguane que Chépé à dégoter en faisant du jardinage, ou reste sur sa chaise et s’endort, bref, du grand n’importe quoi…

Moi, je passe par différente phase, du sommeil, à l’ennui, à l’amusement quand ils commencent à s’engueuler, à l’énervement quand ils ne parviennent pas à se motiver. Laure est simplement dépitée. Voilà, quand je disais que Colima sentait la fin, c’est parce que toute cette partie très « vivante » du travail va se terminer ! Quoiqu’on ait encore un paquet d’entretien à réaliser avec tous les conseillers municipaux du Municipio de Suchitoto, mais tout ça se fera au bureau.



Voilà, c’était le petit post sur la semaine ; à part Colima, on vit quand même… On fait des fêtes en rose, j’ai enfin trouver le cadeau d’anniversaire de Jean-Claude et donc post destiné à cela la semaine prochaine, pas vu Camille (que je mets enfin en photo) depuis un moment,

envie de tuer le grillon qui a fait son nid dans le bureau et qui chante depuis trois jours, autre envie de repartir en WE aventure, un nouveau café a ouvert à Suchitoto où il y a des expresso, notre voisine vend des pavés de chocolat fait maison pour faire du chocolat chaud, Il y a des tempêtes le soir, on est inondé et les fringues ne sèchent plus:


Un autre bar existe à Suchitoto, Julien avait conservé l’information jusqu’à la semaine dernière (il tient une politique de découverte progressive pour ses deux colloc’)et un ciné club se met en place tous les samedis aprèm dans une vielle bâtisse destinée à devenir un Centre d’Art pour la paix, avec musée, activités…. Quelle animation !

3 commentaires:

Unknown a dit…

Je remarque avec plaisir ton attrait soudain pour l'anthropologie... !

Eh oui, à force de ne pas vouloir t'intéresser aux références que je te donne, notamment sur le rapport au temps, donc à l'avenir, donc au crédit, donc à l'argent... ben tu te poses de toi-même les questions que les Grands t'invitent à te poser depuis longtemps (cf la référence récente à l'article de P. Bourdieu sur ce questions). De même, ton évocation du rapport aux dépenses a priori anodines (dans le bus) ou moins anodines mais d'autant plus problématiques (notamment l'alcoolisme), je pense qu'il serait intéressant pour toi, si cela t'intéresse, de te pencher sur les études anthropologiques de Maurice Halbwachs, notmament ses écrits sur le raport des ouvriers à la rue et au café, lieu d'expression sociale et moyen de maintien de son statut social !

Voila autant de pistes à envisager, si ces questions t'intéressent pour de vrai. Après, je suppose que d'autres sociologues et anthropologues et ethnographes ont travaillé sur l'Amérique Latine contemporaine (ce qui n'est pas le cas des précédents), ce territoire étant devenu THE place to be pour les chercheurs en sciences sociales ! A noter toutefois que tous ne cèdent pas à l'orientation de la recherche par les crédits, et que, donc, certains travaillent sur la Chine, l'Asie, l'Afrique... bien que très peu de moyens ne soient clairement fléchés sur ces thématiques !

Voila, c'était le petit post pour expliquer que les blondes peuvent aussi réfléchir... !

Gui² a dit…

De comment flo voudrait que son entourage soit constitué d'experts en sociologie, antropologie, developpement durable...

(tout ça a la fois) ;-)

Unknown a dit…

Non, mon cher Ami, plutot :
- de comment Flo aimerait que les gens ne soient fermés à rien ! Eh oui, je lis de la physique ou de la génétique parfois !

- de comment une gazelle comme Aurélie, qui veut travailler dans le développement, doit, à mon sens, absolument passer par ces disciplines pour faire de l'éco du développement !!!!