samedi 26 avril 2008

journal de terrain: Colima

Deux journées de travail passées à Colima ; deux têtes blondes lâchées dans la nature avec des vieux de la veille qui cherchent un peu à leur faire peur ; une zone lacustre avec des ennemis moustiques qui lancent des attaques à la chaîne ; une Hacienda déserte à la tombée de la nuit rien que pour nous deux en plein brousse, avec une seule petite lumière pour nous éclairer et un frigo vide, pas un seul étal aux alentours pour acheter deux-trois fruits/légumes pour s’alimenter ; le décor de cette première mission de terrain est planté !

Heureusement qu’on avait anticipé ! En bonnes bretonnes que nous sommes, nous nous étions préparé de quoi survivre alimentairement parlant pendant deux jours, avec des crêpes, des fruits et des légumes. Pas de quoi s’enflammer mais de quoi se nourrir ! Nous sommes donc parties chargées comme des mules pour Colima, Jeudi au petit matin. Il nous aura fallu un peu moins de deux heures pour rejoindre la Hacienda où nous commençons à négocier le programme de la journée : visite de la réserve protégée le matin, le village pour l’aprem.

C’est avec un membre de la coopérative que nous connaissons déjà, Donahi, et un ancien garde-forestier, Rafael, que nous partons en pick-up pour la réserve. On fait un petit tour de la réserve jusqu’à un mirador-que-je-serais-pas-monté-dessus-si-le-garde-forestier-était-pas-passé-devant-moi-tant-ça-paraît-tout-fragile… Bon, de là-haut, rien à dire, la vue est chouette, il y a des belles fleurs, et si nous avions été chanceuses, nous aurions pu voir des tatous et des serpents. Mais on n’avait pas trop le temps de faire nos touristes. Nos accompagnateurs sont curieux sur le mode classique : qu’est ce que deux jeunes filles de 23 ans viennent faire ici ? Vous avez des petits copains ? Ah bon, vous n’êtes pas américaines ? Cela a le don d’énerver Laure que les gens nous croient systématiquement américaines…

Voilà, retour pour midi à la Hacienda, ils sont pressés d’aller manger, pas le temps d’aller voir les autres sites protégés du Canton ; On est bien barré vu que tout le monde se tire à 16h, ça va être pratique pour travailler !

L’après-midi, on se la fait en mode classique : visite des hameaux, triste constatation de l’état inexistant des infrastructures, des eaux usées qui stagnent dans les fossés en attendant les pluies, des petits chevaux qui viennent s’allonger pour se rafraichir dans les marécages d’eaux usées qui se forment autour des hameaux, des déchets omniprésents, de l’absence de lieux collectifs avenants… Bref, c’est un peu la désolation ce canton coupé par une rocade hyper fréquentée par des gros camions qui font un tintouin insupportable.

On fini tout de même cette étude de terrain par la découverte d’un terrain absolument magnifique : c’est un grand parc, entretenu par la coopérative ; il y a deux terrains de foot, des bancs à l’ombre, une herbe qui ne donne qu’une seule envie, se rouler dedans !!! Mais quelques minutes à peine suffisent à nous désillusionner : l’endroit est infesté de moustiques… et pas de petits riquiquis !

C’est dommage, parce qu’on peut y observer des Torogoz, l’oiseau local magnifique, des petites perruches, et des arbres immenses, les mêmes que ceux qui se sont fait leur place dans les ruines d’Angkor il me semble, des eucalyptus…

Sur ce, il est 16h passé, l’heure de rentrer à la Hacienda pour que les membres de la coopérative nous enferment dans notre prison dorée… Avant la tombée de la nuit, on trouve quand même le temps de piquer une tête dans notre piscine privée rien que pour nous ! A 18h30 il fait nuit, et une ampoule faiblotte éclaire le cloître de la Hacienda ; toujours des chauves-souris en guise de compagnie, et une grosse chatte qui vit ici, Brocolina, et qui a l’air bien contente de voir des gens se mouvoir dans la Hacienda après 16h… Au loin, le trafic de la rocade s’est calmé, les cigales ont pris le relais, et il fait tout noir… On a plus qu’à manger nos carottes râpées et à aller se coucher, on peut même pas bouquiner, et chose étonnante par ici, il n’y a pas de hamac pour se laisser aller à des rêveries éveillées. Et dire qu’ils veulent faire de cet endroit un lieu de passage touristique ! Comment dire…

Réveillées de nombreuses fois au cours de la nuit par des zzzzzzzzz persistants dans les oreilles, et Laure qui se réveille pour de bon à 6h30 avec un œil impossible à ouvrir : ils ont frappé très fort…

De 7h30 du mat’ a midi passé, on passera notre matinée à tirer les vers du nez de façon un peu décousue à tous les gens qui passent dans le cloître ; techniquement, il y a une réunion du comité sur les déchets (3 « fous » qui essaient de penser le système différemment, et c’est bien louable de leur part…) à 8h, mais bon, heure salvadorienne avec retard inclus donne un début de palabre sur le coup de 11heures.

Le désastre organisationnel de ce comité est la cerise sur le gâteau, la moitié des gens ne sont pas là, bref, on en profite pour aborder un peu d’autres thèmes utiles à notre étude.

Allez, il est midi et demi, et là, la faim nous taraude et le retour sur Suchi s’annonce comme un parcours de combattant sous la chaleur torride. 4 litres du sueur plus tard laissés sur les fauteuils miteux de nos bus locaux, nous revoilà au bureau ; commence le long processus de compilation des informations, de rédaction des comptes rendus, de batailles entre le binôme parce qu’on comprend pas toujours la même chose (ben oui, à force de faire des mixages linguistiques chelou sur nos carnets de note, on s’emmêle un peu les pinceaux…), de repos enfin ; un repos bien mérité dans la maison de Dani, notre amie argentine, qui nous a concocté un bon petit dîner et un super film brésilien à suivre. Voilà, après l’effort, le réconfort, on a de la chance que ça marche comme ça pour nous ici parce que c’est le cas de bien peu de terriens…

2 commentaires:

Jimmy a dit…

Après "Martine à la ferme" et "Martine en vacances" découvrez vite "Martine à Colima" !
Ce nouvel album de notre aventurière nationale s'avère beaucoup moins rose que les tomes précédents, ce qui ajoute une petite touche d'originalité à cette collection passionnante. On aime particulièrement les excursions dans la jungle, les infrastructures inexistantes, les réunions de travail impossibles à organiser, la nuit qui tombe à 18h30, etc.
Vivement le prochain tome : "Martine et les moustiques tueurs" (sortie mai 2008) et "Martine construit une station d'épuration" ! (juillet 2008)
;-)

Unknown a dit…

Avec "Martine et les chauves souris", l'auteure dépasse la "commande" et s'affranchit de l'éditeur...

Juridiquement, ça se passe coment? lol