lundi 21 avril 2008

Une virée au Tunco

On a commencé le WE en mode « tout mou »: sonné 16h vendredi soir, et pas la moindre envie de nous bouger les fesses pour prendre un bus pour San Salvador. On s’est vautré comme des loques dans notre jardin au soleil, soit disant pour préparer notre peau au soleil. On a profité du coucher de soleil, et à 9h, tout le monde au dodo.

Samedi matin, l’appel du large se fait sentir plus tôt pour Laure et moi que pour Julien, et on attend patiemment qu’il se réveille, avec la bonne idée d’aller se faire un petit déj’ salvadorien sur le marché : Haricot rouge en purée, œufs brouillés avec oignons, tomates et poivrons, fromage frais et bananes cuites. L’estomac plus que bien rempli, on s’achemine vers l’arrêt de bus. Arrivés à SS, on rejoint Aline et Morgiane chez elles, puis tout ensemble (le gars n’a pas l’air de se plaindre à l’idée de passer son WE avec des nanas), on prend un bus, direction le Pueblo de la Libertad, d’où on cherchera le long de la plage/de la route une place pour dormir.

Et quelle place nous avons trouvée ! Après quelques tentatives infructueuses auprès de petits hôtels soit pleins, soit au tarif exorbitant, Aline a la bonne idée d’appeler un pote à elle qui est dans le coin. Aussitôt, celui-ci se propose de venir nous chercher et de nous héberger pour la nuit. Il s’avère qu’il s’appelle Sergio, vit plus ou moins entre ici et SS où il mène quelques business pas très clair pour vivre. Pour humble demeure, il nous propose une maison de rêve mais un peu inachevée, qui s’est transformé en squat géant pour lui et ses potes surfeurs (pas de meubles, des matelas et un frigo, de quoi vivre confort quoi…). Il est sensé vendre cette maison, enfin, plus ou moins, il en fait un peu ce qu’il veut. Le plan s’avère vite très tranquille, on se fait un goûter improvisé à notre arrivée, et de 17h à 21h, on est resté faire nos loques devant la mer, sur un bout de caillou. La mer est agitée, impossible de nager, il faut préférer l’option « se faire retourner dans les rouleaux » pour profiter de la fraîcheur de l’eau ! On a donc fait la connaissance de la bande qui habite ici, des mecs qui surfent et ont quelques moyens de s’acheter à manger et de l’essence à mettre dans la voiture. Des moyens qui ne m’apparaissent pas très net d’ailleurs.

Vers 21h, on se bouge de la plage pour se préparer avant d’aller à une soirée organisée dans le coin et dont on avait entendu parler depuis Suchitoto. On se pose sur la terrasse le temps que tout le monde se préparer, et là, une vraie tempête éclate, alors que Sergio m’avait dit dans la soirée que la saison des pluies commençait beaucoup plus tard au bord de la mer. Ouais… (a droite, le genre de maison pas terminée qui foisonnent sur la côte: raison?)

On s’est rapatrié à plus d’une dizaine sous le bout de toi, sur les matelas pour éviter de prendre l’eau pas le dessous et sous des duvets pout éviter par le dessus : on est resté en mode « tout mou » une nouvelle fois pendant presque deux bonnes heures, à faire un peu plus ample connaissance et à écouter Aline gratter un peu de musique : ce cliché de soirée avec des surfeurs et une guitare….

Sur le coup de 23h, la pluie s’est enfin arrêtée, on est allé manger un bout et puis on s’est enfin rendu à cette fameuse soirée. Bon, on le savait depuis le début, c’était une sorte de mini rave party dans une maison au bord de la plage, la maison du fils d’un pote de Suchi en fait. La clientèle allait avec l’esprit de la soirée, mais je regrette pas l’expérience, c’était assez « curieux ». Sans plus de commentaire…

On est rentré dormir dans la maison vers 4h du mat’, et le soleil et la chaleur, bien matinale, nous ont sorti du lit à 8h : une petite nuit mais au moins, on aura profité de notre journée de dimanche. Nouveau petit déj’ local, plein de baignades (dans la mer et dans une piscine à moitié remplie), une grosse sieste sous les cocotiers, et le bruit des rouleaux plein les oreilles, quel bonheur !

La plage est uniquement fréquentée par les locaux, et en fin de semaine, ils viennent tous se rafraichir ici : la vie et les gens y sont plus souriants qu’à SS. Tout le monde se baigne tout habillé, il y a plein de petites huttes de palmiers pour se poser sur un hamac et manger un bout de poisson, les enfants sont recouverts de sable noir, jouent au foot, s’enterrent dans le sable. Un peu de vie autour de nous fait du bien, Suchi est tellement calme ! Les vagues viennent nous lécher les pieds pendant la pause déjeuner, quel bonheur…

Et déjà, il est l’heure de reprendre le bus ; Sergio a la gentillesse de nous ramener jusqu’à SS, et le long de la route, il conduit de façon assez originale : dans la mesure où la remontée sur SS est en lacet et qu’on ne voit rien et que c’est pourri par de vieux bus et camions, Il double par le bas-côté, par la droite… De San Salvador, on se trompe de bus pour rejoindre le terminal et je serai curieuse de voir sur une carte les détours qu’on a parcouru, mais bon, c’est une façon comme une autre de découvrir la ville, pourquoi pas… Ce petit détour qui nous prend plus d’une heure de fait, et installés dans notre bus pour Suchi (le 8ème du WE, et le dernier….), la faim nous taraude et on attaque le pot de Nutella acheté par Daniela en prévision de crêpes bretonnes au doigt. Que c’est bon de faire n’importe quoi tout au long d’un week-end…

vendredi 18 avril 2008

carnet de vie


Une petite photo vue de ma maison, je m'en lasse pas, on a coupé un peu les mauvaises herbes, ca va mieux...

La troisième semaine est passée, et bien passée !

On a commencé par se faire une grosse frayeur mardi : à l’issu d’un excellent déjeuner (chez Lorena, elle tient un petit resto sur la place et comme on est trois, Julien l’a relancé pour faire des plats du jour pas cher, que des bonnes choses et d’une qualité incomparable par rapport aux comedors locaux : on est contents !), on s’est mises en route pour Colima. Se tenait la réunion de Canton bi-annuelle, avec pour objectif d’informer la population sur les projets passés et en cours (vive la gouvernance participative, ils ont votés l’ordre du jour à main levée !). Dans un grand hangar (la salle communale) se sont réunies environ 150 personnes (le canton en compte 2000) pour venir écouter les « responsables du développement local : alors ba oui, bien sûr, comme on va être en charge du même développement de la même région, on a été invitées à venir nous présenter. Première oraison publique avec un espagnol approximatif devant tant de gens, quoi de plus facile… Bon, et puis ça va sans dire qu’entre les bruits parasites (vent, toit qui grince, cloches d’appel à la bouffe, gamins qui piaillent) et la faible portée vocale des intervenants, on a compris les propos dans les grandes lignes (voir les boulevards…).

On est rentrées un peu abruties à la maison, un tantinet démoralisées : j’étais tellement à côté de mes pompes ce soir là que j’ai failli m’offrir un ravalement de façade version brûlure troisième dégrée avec notre four à gaz. Je vous fais pas un dessin, blonde que je suis, je pensais avoir allumé le four (le gaz marchait depuis deux bonnes minutes dans le four) et puis en fait, non. Alors j’ai craqué une nouvelle allumette pour l’allumer vraiment, et ça a fait une grosse, grosse, grosse flamme…. Ça sentait un peu le cochon grillé après, j’ai plus de poil sur le bras droit et les cheveux ont aussi pris un coup (quelle bonne idée de les avoir coupé, ça m’a sauvé la vie…)

Voilà, le reste de la semaine a été plus pacifique : à la mairie de Suchi existe un département « equidad de genero ». Alors ici, ils n’aiment pas trop qu’on traduise par « égalité des sexes » mais bon, l’objectif de cette unité (où est basé mon bureau, physiquement parlant, je suis entourée de féministes, trop bon !) est bien de promouvoir des programmes visant à l’égalité des genres. Hier, une architecte argentine, spécialiste de l’aménagement du territoire sous l’angle de cette branche « equidad de genero », est venue faire une conférence. C’était vraiment génial, ça m’a donné plein d’idées pour des stages/professions futures, bref, c’était top. Et on a tout compris, on craignait un peu l’accent argentin, mais son débit de paroles était plus cool que celui de nombreux salvadoriens !

Hier soir, elle est venue manger à la maison avec d’autres potes de Julien (qui deviennent un peu les nôtres !). Au programme du menu :

- Un gratin de ayote fait par Julien, un légume qu’il n’avait jamais préparé et ce fut un peu la lutte. Même si ça a une salle gueule, c’était super bon ! ce n’est pas les trucs verts filandreux qui se mangent mais la chair autour.

- Une compote mangue-passion de ma création un véritable succès, et en plus, comme ça foisonne de mangues en ce moment, c’est une recette à exploiter de saison.

- Des crêpes bretonnes, ben oui, on se refait pas, c’est Laure qui s’y est collé.

Après une soirée bien sympathique entre salvadoriens et argentins (et un jeu débile/génialissime que j’ai hâte d’importer, avec juste un petit bouchon de liège), on a fini au seul bar du village, Le Necio, où j’ai pu goûter la spécialité locale qui ressemble vaguement à un rhum arrangé. Un gros mal de tête ce matin mais un we plage qui se profile pour récupérer !

Ah oui, mon programme d’apprivoisement du rouquin (chat) qui passe régulièrement dans notre jardin avance à grand pas : dans une semaine, il fait la sieste sur nos coussins (normal, il a mangé du chorizo dans ma main hier, rien de tel que de gaver un animal pour qu’il vous offre son affection !). Je sais pas, pour ceux qui suivaient déjà le Vietnam, si vous vous rappelez, mais j’avais aussi mon rouquin dans la rue : il ne rentrait pas dans la maison (trop de puces, et de copains envahissants !), mais c’était mon chat, le chat de la « bergère » que tout le quartier respectait… Il s’appelait Momo, et j’ai décidé de renommer mon nouveau rouquin de la même manière. Voilà, ça n’intéresse personne mes histoires de chat mais tant pis !

Bien le bonjour et bon We (bonne pendaison de crémaillère ? c’est toujours d’actualité ?)

les photos à gauche, prises lors d'une descente au lac un matin vers 5heures.

Et Pat, c’est pas un ours, c’est un mouton, et il s’appelle Jean-Claude ! Et il se porte bien, merci pour lui!

lundi 14 avril 2008

A l'assault de la capitale

On s’est mise en route bien tard samedi après-midi pour San Salvador. Après avoir regardé Le bonheur est dans le pré (un besoin de se replonger dans notre douce France ?), on s’est enfin décidé à se bouger nonchalamment les fesses, c’est le rythme de Suchitoto s’acquiert vite…

Vers 16h donc, le casse-tête que nous turlupine depuis quelques jours devient un problème à résoudre : on a besoin d’un cadeau de mariage, mais quoi ? On opte pour un vase importé du Guatemala acheté à l’étal de la concertation des femmes sur le mini-riquiqui-marché-de-Suchi. Unique problème persistant, l’emballage qui n’est pas digne d’un cadeau de mariage, mais on trouvera une combine plus tard pour le remettre proprement.

Voilà, nous sommes dans le bus qui nous mène à SS. Alors pour ceux qui me suivent depuis le début au Vietnam, vous connaissez ma capacité à m’étendre sur des paragraphes entiers sur les formidables modes de transports de pays qui ne sont pas la France… Même le Portugal, j’aurais pu en écrire un roman, c’est une constante chez moi. Et forcément, vous n’allez pas échapper au paragraphe sur la ligne de bus Suchi-SS (dans un premier temps, j’en aurais encore beaucoup à écrire par la suite…).

Les bus sons colorés (des photos un jour à l’appui) voir customisés pour ceux de la capitale, mais ne nous perdons pas dans nos propos), sans doute pour faire peur aux vaches sur la route. Non, j’exagère un peu, contrairement à l’Inde et à sa tripotée de bestioles-squatteuses-de-route, ici, ce n’est pas trop l’anarchie, les vaches ne sont pas sacrées et sont gardées dans des vrais enclos, parce qu’elles valent de l’argent. Donc le bus coloré n’est pas utile pour effrayer la vache. Alors pourquoi tant de couleur ? J’aime à penser que c’est pour mettre un peu de gaité dans le paysage… A l’intérieur, des sièges violets et vert-pomme à l’aller, une banquette marron plus classique au retour. A vrai dire, sur le retour, je n’aurais pas grand-chose à dire, j’ai dormi tout le long (notez tout de même que pour parvenir à roupiller dans un bus local dans des lacets, il faut être sacrément bien dans sa tête et se sentir intégré, tout cela est donc très bon signe…) Pour revenir dans le vif d sujet, la customisation du bus : sur le tableau de bord, on trouve des « que Dieu te garde » en tout genre et des fanions religieux qui exhibent la foi locale. Bien, bien, et ma jeune compagne de banquette lit la Bible… Forcément ça surprend, mais on apprend aussi à respecter ces marques de croyance exubérantes… Sur la conduite, on tend vers la constante milieu rural d’un pays qui n’est pas la France, c'est-à-dire un mixe de dépassement sauvage, de côtes que le bus peine parfois à monter, des arrêts à la demande (tous les 10 mètres dans les passages de bourgs…). D’un point de vue sonore, un crieur de bus annonce le lieu où on est, s’il faut descendre, s’il faut se préparer, et puis, on n’oublie pas le fond sonore, une vieille cassette (ou la radio) qui a le mérite d’être de meilleure goût au Salvador que dans toute l’Asie du sud-est… Oublié le karaoké intégré dans le bus, les rythmes latinos sont tout de même plus engageants !

Arrivés à SS, taxi à l’appui, nous rejoignons l’équipe du mariage. J’enfile ma petite robe noire sur une peau toute poisseuse de sueur, de vent et de terre (oui, le bus roule fenêtre ouverte naturellement…), raaa, j’adore être une roots ! Une petite messe et des brouettes d’engagements matrimoniaux en espagnol plus tard, on commence à faire la connaissance de quelques personnages, c’est le cas de le dire. Parmi eux, Pierre, l’entrepreneur français qui construit des stations d’épuration au Guatemala, et avec qui nous devons travailler. La cinquantaine complètement allumée, mais la présence d’esprit de nous inviter très vite dans sa maison au Guatemala, sur les bords du Lac Atitlan, une des plus belles régions : nous irons voir ses stations d’épuration, une virée très professionnelle somme toute ! (sur la droite, le marié)

Pour le dîner, on se retrouve dans une espèce de club, un cadre assez joli, mais la soirée s’annonce plutôt calme ; à notre arrivée, de grande tablée de salvadoriens sont déjà constituées, ils sont prêts à manger. Il faudra attendre un peu la fin d’un petit concert de musique locale traditionnelle, sur l’amour, les femmes, le mariage, que des choses d’actualités somme toute….

On fait la connaissance de Magali, qui est une coopérante d’Apoyo Urbano basée sur SS. Elle est venue accompagnée d’amis salvadoriens de notre âge avec qui on a passé la soirée, des petits gars bien sympathiques. Alors voilà, pour qu’un mariage dans un pays comme ça soit un vrai de vrai, il fallait la vraie spécialité du coin : une bonne coupure de courant qui a duré une bonne heure, sans générateur pour combler le malheur, mais plutôt quelques bougies et des bouteilles de rhum et de vodka. Un mariage local quoi… Bon c’est triste, ça a fait pleurer la mariée, mais nous a bien fait marrer nous… (sur la gauche, mes deux compagnons de maison et de travail, et la très jolie Yamilet, la mariée)

Sur le coup de deux heures, on s’est mis en route pour la maison d’un néerlandais où on pensait finir la soirée, et puis en fait, on s’est assez vite, le trajet en voiture et les verres de rhum nous ayant un peu achevés… On a improvisé un squat très confortable, dans une petite maison de banlieue. Seul point noir au tableau, tous ces expatriés vivent bien dans des « Gated Communities », en fait je n’en avais jamais vraiment vu, et c’est juste triste. Même si la ségrégation spatiale est une réalité dans tous les pays, même dans notre douce France… Je savoure alors ma chance d’être basée à Suchi, et ma petite maison sale et sans mur ne m’en plait que plus…

Au réveil, pas de gueule de bois, et on s’achemine donc rapidement vers un centre commercial pour un petit dèj’ local : dans mon assiette, une purée de haricot rouge (je sais, ça donne pas envie, mais c’est bon) appelé frijoles, une omelette, des petites bananes cuites et une sorte de fromage bizarre. J’ai aussi goûté à la rosa de Jamaïca, la fleur d’hibiscus comme on l’appelle ici, en jus de fruit, c’est délicieux, raffiné, acide et fruité/sucré en même temps, enfin une réussite culinaire locale, formidable !

Après ce petit déj’ gargantuesque, accompagnée de Ties, le néerlandais, et de Aline et Morgiane, deux françaises installées ici (et de mes deux colloc bien sûr !), on se décide à faire nos gros touristes. Avant touts, on fait une virée dans un vrai supermarché, histoire de faire le plein de produits rares : confiture, bouteille de vin, nutella, pain, on n’est pas des sales gosses de français pour rien… Puis direction le centre ville de SS, l’Eglise Salvador El Mundo et le tombeau de Monseigneur Roméro, l’Archevêque Salvadorien très connu (à gauche). On fait le tour de deux places centrales, honnêtement, c’est moche. Les rues sont sales, les murs sont colorés mais fades et vieux, et ça ne parvient même pas à donner un peu de gaité à l’univers. De nombreux hommes qui végètent et boivent de l’alcool, on en croise même un décharné qui sniffe. Autant vous dire que je ne me surprend pas en comparant, avant, ce que j’ai connu, et maintenant, ce que je voudrais ne pas voir. Un jeune joue de la guitare sur la place sur laquelle on s’attarde, mais je n’arrive pas vraiment à trouver ça sympathique. Une fois encore je me dis « quelle chance de vivre à Suchi, même si j’adore l’effervescence urbaine, je ne voudrais pas vivre là ». Je reviens dans ma tête sur mes expériences passées, et je me demande pourquoi l’Asie était si différente. Si j’ai croisé des hommes décharnés au Cambodge, ce fut rare au Vietnam et au Laos. Régimes politiques opposés, guerres différentes qui n’ont pas divisé les pays de la même manière, volonté actuelle de tirer le pays et ses hommes vers le haut, je ne suis pas bien douée pour ce genre d’analyse et ça me déçoit, les raisons restent sombre.

On évolue toute l’après-midi dans un centre ville-marché qui n’est qu’un énorme espace de vente. On voit des trucs bizarres, dignes du serpent et du scorpion dans l’alcool : des herbes magiques, une vieille qui gave son perroquet et lui parle, un petit joyau (des prunes pour un clafoutis), des mangues à gogo, des poussins multicolores qui restent un mystère. Mais pas un brin d’artisanat local, il n’y a pas de tourisme par ici. Des rues tantôt étroites sombres et sales, tantôt larges en engorgées de transports en commun polluants, des rues bruyantes de vendeurs de musique piratée qui sortent des baffes de compet’ pour arroser les voisins. Avoir vu tout ça, je ne dirai pas que ça a été un plaisir, mais je suis contente de l’avoir fait. Mais il faut passer par là pour comprendre le reste. C’est usant, j’ai de la peine pour ses gens qui vivent dans un cadre de vie aussi pourri, il faut bien le dire, et je me redis une dernière fois, « Suchitoto, je suis bénie… » Je me souviens de mes petites maisons colorés vietnamiennes, de ces visages au sourire éternel, de cette effervescence joyeuse et stimulante que je croyais être une constante dans les villes des pays en développement.

Voilà, j’aurais vu une fois San Salvador, je ne crois pas avoir envie d’y retourner de si tôt, j’avoue que ça a été un peu un choc. Retenons du WE que j’ai quand même rencontré de jeunes salvadoriens qui sont plein de vie ; que ici à Suchi, les gens n’ont pas l’air triste ; que les élections l’an prochain peuvent être un espoir pour la jeunesse (actuel gouvernement = quasi extrême droite, tournée vers le business avec les US, parti d’opposition, le FMNL, parti au pouvoir à Suchi et qui revendique une politique davantage tournée vers les intérêts des hommes…).

Ce fut un WE plein d’enseignement, mais le clou, c’est le retour à Suchi, et ma première pensée quand Julien me tape l’épaule pour me réveiller : « de retour à la maison, que ça fait du bien…. » Formidable, je me sens chez moi, ça aura pris à peine quinze jours.

Journal de terrain : première visite à Colima


Nous nous sommes rendues pour la première fois ce vendredi après-midi à Colima, notre deuxième terrain de travail, pour une rapide prise de contact avec les interlocuteurs principaux.

Alors je pourrais commencer par repartir sur le mode vietnamien et sur la conduite des chauffeurs d’ici. Quoique ce serait être un peu langue de vipère puisque nous avons utilisé une voiture de la mairie, et Oscar, le chauffeur, n’aura tenté qu’une poignée de dépassements hasardeux. La route est sinueuse, et ponctuée de paires de dos d’ânes de compet’ au niveau de chaque école. Environ 40 minutes de trajet seront nécessaires pour arriver à la première halte, Los Angeles, du nom du premire hameau que compte Colima. Nous y rencontrons Wilfredo, le conseiller municipal du canton, un jeune à l’air dynamique qui habite dans l’un des coins les plus reculés du Canton. Nous y croisons aussi Oscar, la cinquantaine, un visage magnifique et des yeux bleus à me faire crever le coeur, et c’est rare par ici.... Nous le recroiserons très certainement et j’ai hâte de faire un portrait de lui !

Après une rapide discussion qui fixe notre prochain RDV à Colima, mardi prochain, nous nous rendons à la Hacienda. La Hacienda est la vieille maison coloniale qui se trouve au coeur de Colima. Ne vous imaginez pas un petit bourg tout bien organisé autour d’une église, on est plutôt dans une situation de pauvreté extrême, des routes de terre, des hameaux coupés par un axe de circulation intense, des maison précaires, de grands jardins qui servent d’espace de vie où règnent quelques très beaux arbres, dont des manguiers qui arrosent en cette saison le sol de leurs fruits juteux et sucrés à souhait.

Au pied de la hacienda, un parc avec deux petits chevaux pies, des criollos, avec une tête très fine. Immédiatement, une idée nous passe par la tête avec Laure : pourquoi ne pas monter ces petits chevaux pour nos visites de terrains dans les coins les plus retranchés, ou le soir, après une bonne journée de travail, un petit galop sur les terrains plats du lac qui sont en ce moment découverts et qui sont des terres fertiles ?

Nous découvrons la Hacienda avec plaisir. C’est une grande maison en carré, avec un immense patio intérieur, et une piscine immense à l’extérieur. Ce lieu sera destiné à accueillir des touristes quand des efforts auront été fait pour la promotion de la région. Nous nous attendions à négocier aprêment notre squat ici pour les sessions de trois jours de travail par semaine qu’on compte se faire à Colima, du moins les premières semaines. Et en fait, Mauricio, le responsable, nous propose presque spontanément de nous héberger lors de nos visites. Mais c’est formiadable ! « Amenez vos bouteilles d’eau, elle n’est pas potable ici (rectification = polluée au métaux lourds, mais tout le monde la boit), vous pourrez vous faire à manger, on a une cuisine, et puis il y a une délégation de gringos (américains) qui arrivent en juin, pour un peu de compagnie. vous savez conduire, on peut vous prêter la voiture pour le terrain quand personne ne peut vous accompagner... » et à moi de dire plus bas en plaisantant « o los caballos... ».

Bref, le travail s’annonce difficile, psychologiquement et techniquement, mais on semble bien entourées et nous avons un lieu mignon comme tout qui nous sert de base de retranchement en cas de craquage... Le lac monte sur les terres immergées jusqu’à la Hacienda à la fin de la saison, peut-être le verra-t-on au plus haut.

On fait un rapide tour des hameaux avec Don Ahi, qui sera sans doute un de nos guides de terrain. On passe devant une réunion de village, une concertation probablement. Nous serons amenées à participer à ce genre de réunion, peut être même à en organiser pour la partie diagnostic participatif. On continue notre petit tour, on croise des troupeaux de vaches emmenées tantôt par un couple de papis, tantôt par un gamin monté sur un poney avec un vague licol sur le nez...

Voilà, premières impressions sur Colima, et l’envie croissante d’investir dans un poney. On demande avec Julien à Oscar le chauffeur combien coûte un cheval ; il nous répond environ 300 dolars. Ça reste envisageable, on va y réfléchir.

Ce soir, on a encore une soirée, décidément, ça n’arrête pas, on n’aura mangé qu’une seule fois à la maison cette semaine ! Hier soir, on a goûté les poupousas, la spécialité salvadorienne, en compagnie de Damien, un collègue de bureau, et de Julien. C’est une tortilla de farine de mais avec un fourage à l’intérieur, basiquement composé de fromage et haricot, mais le haricot est remplacé par toute sorte de légumes, courgettes, épinards... Ca peut paraître super lourd, mais en fait, la garniture est légère et c’est plutôt une réussite. Une petite photo à l’appui vous aidera bientôt à vous faire une idée plus précise du poupousa. Et puis on s’est rendu dans l’unique bar du village, une place à l’égérie du Che, bon normal, on est dans un bastion révolutionnaire à Suchi ! D’ailleurs, on a pas mal parlé politique, je commence à appréhender un peu mieux l’engagement politique, les opinions des uns et des autres, leur façon de voir l’avenir pour leur pays...

A la prochaine pour le récit du FAMEUX mariage....

jeudi 10 avril 2008

Visite de terrain: station d'épuration

Voilà notre visite de terrain à la station d'épuration:



Et Don Fidel!
Ci-dessus, le fruit comestible de la noix de cajou, avis aux amateurs, il y a moyen d'acheter des sacs au kg à la sortie du village... On peut même les faire sécher à la maison!

carnet de vie

Nous avons fait la rencontre d’un français, Lundi, avec qui nous allons travailler pour le projet d’assainissement ; celui-ci se marie ce WE à San Salvador et nous a proposées de nous joindre à la Cérémonie. Il y aura une messe à l’Eglise (le français en question a d’ailleurs fait une cure d’Eglise avec Baptême et tout ce qui va avec pour préparer l’union, la religion est très présente dans la culture salvadorienne…), suivie d’un repas où une petite cent-cinquantaine de personnes sont invitées !

Mardi soir, nous avons été invitées chez une collègue de la Oficina pour une sorte de dîner d’accueil, à la bougie puisque le courant était coupé depuis 17h. On leur avait préparé des crêpes (que Laure a fini dans le noir d’ailleurs !) et cela a connu un succès fulgurant ; je crois qu’on tient notre arme fatale pour nos invitations diverses et variées.

Hier soir, après une vraie bonne journée de travail, avec l’apprentissage du logiciel de dessin avec lequel nous allons faire toute nos cartes, on s’est enfin posées pour un petit moment à la maison. On va y mettre en place un plan de délogement (s’en fout du relogement) des chauves-souris puisqu’il s’avère que celles-ci font caca partout sur les fringues de Laure. S’en est suivie une conversation un peu décalée sur les mœurs animaliers, si le crapaud produit des excréments, comment la chauve-souris allaite, si le dauphin lui aussi allaite, si on allait voir des dauphins quand on ferait de la plongée au Honduras : une fesse dans le hamac, un bouquin dans une main, la vie va bien.

Et enfin, nous avons lancé une commande, financée par la mairie, pour meubler la maison : quelques chaises, des étagères pour nos vêtements, un licuador (s’apparente à un mixeur, pour la cuisine, c’est top… on touche le top du luxe avec ça !), des rideaux pour les portes, un ventilateur pour éviter que les fringues moisissent… Je vous ferais une session photo avant/après de ma chambre, vous constaterez de l’évolution extraordinaire… Peut-être que cela sera bon ce WE, je ne connais les délais de l’administration suchitotense qui va nous faire un chèque, mais ce serait pas mal si on veut éviter d’attraper les maladies qui sont transmises par les crottes de CS (aux dires de Julien, qui a toujours le mot rassurant… !)

mercredi 9 avril 2008

Une visite de terrain avec Don Fidel…


Je vais faire une petite récapitulation pour ceux pour qui mon travail à Suchitoto ne serait encore pas très clair, malgré moult explications :

Notre mission prioritaire est de réaliser un plan de développement transversal pour Colima, qui est un canton de la ville de Suchitoto. Colima est le deuxième pôle urbain de Suchitoto (2000 habitants) après le centre historique où nous habitons. Sur le territoire de Suchitoto, je crois qu’il existe 5 ou 6 autres petits centres urbains.

Pour ce plan transversal, nous allons procéder par étapes.

La première consiste à la photographie (au sens figuré) du territoire de Colima, qui est un pré-diagnostic : structuration du territoire, localisation des habitations, des places au potentiel touristique, des carences en termes de réseaux…

La seconde en la réalisation d’un diagnostic participatif : pour se faire, nous aurons à faire des entretiens avec les personnes clefs (responsables de la coopérative de Colima, représentants des différents quartiers, « entreprises » en charge ou potentiellement en charge des services…) afin d’établir les « lignes de désir » pour le développement du territoire.

La troisième étape est la réalisation d’une banque de projets à remettre à la mairie : plusieurs options de développement y seront présentées et pourront faire l’objet d’une mise en place en fonction des priorités définies dans les mois/années à venir.

Enfin, la quatrième étape consiste dans le développement approfondi de deux ou trois projets extraits de la banque et qui nous paraissent les plus importants. Nous devrons les mettre en forme précisément, préparer un budget, etc…

Voilà pour ce qui est de notre mission à Colima, sachant que le village est à 1h30 de bus (40 min par le lac, mais il n’existe pas de liaison régulière…), cela va impliquer de nombreux déplacements. Nous allons tenter de négocier un logement sur place, il y a une hacienda en cours de rénovation pour en faire une place pour les touristes de passage qui pourrait être notre squat de une à trois nuits par semaine.

La deuxième mission est la suivante :

A Suchitoto vieille ville, là où nous habitons, il n’existe qu’une station d’épuration, et la mairie compte raccorder les quartiers à une nouvelle station qui serait également un moyen de protéger un fleuve qui passe dans une zone dans laquelle un parc écologique va être créé. Notre mission consiste là en la récupération des données nécessaires aux entreprises en concurrence pour construite la nouvelle station. Nous avons eu notre première réunion hier soir avec l’équipe de la oficina, le maire, Julien et Roland, un jeune français représentant d’une entreprise guatémaltèque de station d’épuration. Notre rôle étant à présent clarifié, nous allons pouvoir attaquer le terrain concernant la création de cette station d’épuration. D’ailleurs, hier, nous sommes allées visiter en présence de Fernando, qui s’est d’ailleurs présenté sous le prénom de Fidel pour plaisanter (vous comprendrez à l’aide d’une photo !), la station d’épuration actuelle. Elle couvre environ la moitié du village. Nous sommes allés sur le coup de 10h, autant vous dire qu’il faisait très chaud, et le chemin est en pente plus que raide. Sur place, deux jeunes en charge de la surveillance nous ont fait visiter l’installation. Je ne suis pas loin de penser que nous sommes LA visite de l’année, puisque le carnet de bord des visites que nous avons signé était bien vide !

Je profite d’avoir quelques temps mort dus à une nécessaire mise en route au travail pour écrire tant ! Mais je doute sérieusement que cela dure… Nous allons aller à Colima vendredi après-midi pour une première prise de contact, accompagnées de Julien. Après cela, nous serons lâchées dans la nature et nous devrons avancer, parce que 4 mois pour faire tout ça, ça va être court…

J’étais posée dans le hamac au lever du jour ce matin et j’ai vu un toucan : dommage, mon appareil était resté au bureau, et il paraît que c’est assez rare d’en voir ; j’espère que je serai plus chanceuse une prochaine fois ! En tout cas, cet oiseau est comme dans mes derniers souvenirs de photos, une tête de clown avec un grand bec et des couleurs qui égayent le lever du jour…

lundi 7 avril 2008

Alors je vous ai fait le dedans, voilà la vue du dehors, je crois que c'est pas mal... Voilà le lago Suchitlan:


Voilà, c'est très beau et reposant, quand je pense au fait potentiel, voir probable que je retrouve à paris en Octobre, raaaa.... Et je ne suis ici que depuis une semaine!

Premier Week-end loin de ma France natale…


Ce titre aurait-il déjà un arrière-goût de nostalgie ? Mais non que diable, « Todo va bien » comme on passe nos journées à le dire aux gens d’ici… !

Le WE ne s’est finalement pas déroulé comme annoncé plus tôt. Nous nous étions donné RDV avec Damien, mais Julien ne répondait pas au message envoyé par Laure et on s’est demandé si le portable de Laure, en mode international, marchait vraiment. Et puis, on était posées tranquillou sur la place du village, enveloppée par une chaleur épaisse qui ne laissent aux heures les plus chaudes de l’après-midi que deux possibilités : la sieste à l’ombre (option retenue pour samedi) ou lecture, également à l’ombre, au bord d’une piscine (option retenue pour dimanche !). C’est bien une crise de flemagite aigüe qui nous a prise, et nous sommes restées paresser dans le creux de Suchitoto tout le WE. Après la petite sieste de samedi, nous sommes quand même décidées pour un peu d’exercice : à la découverte du Lac Suchitlan. Nous avons descendu en une petite demi-heure la route pavée et ombragée qui mène jusqu’au lac, immense lac, passage d’oiseau migrateur, et entouré de petits enclos où nous ferons une surprenante rencontre. Arrivées au bord du lac, une petite prise nous submerge de plaisir, et les champs qui s’étendent à perte de vue, remplis de déchets que les locaux ne semblent même plus voir, nous submergent de tristesse : quel potentiel pour quel gâchis. Nous comprenons plus clairement tout ce que nous avons pu lire sur les projets d’aménagement de la ville auparavant. S’il s’agit non seulement d’apporter aux gens des tuyaux qui permettent une évacuation des eaux usées, de l’eau potable ou autre service, il s’agit aussi de protéger ce lac, vivier de nourriture pour les hommes et les animaux, et qui semble pollué à n’en plus vouloir.

C’est encore un espace au potentiel touristique extraordinaire, comme nous avons pu le constater dimanche. Notre rue mène justement au lac, et toute la journée, voitures individuelles venues de la capitale mais aussi bus locaux se sont relayés pour trimbaler (ce mot est juste compte tenu de l’état de la route, pavée et bruyante..) les gens jusqu’au lac. Nous habitons également à coté d’un restaurant qui profite d’une vue magnifique sur les effluents du lac (comme nous…) pour attirer la clientèle.

Un petit tour et puis s’en va, nous remontons la côte jusqu’à la maison pour y passer une calme soirée.

Dimanche matin, le lever se fait plus tardif, le jour du Seigneur est aussi l’occasion pour les locaux de se reposer un peu. A 8h, nous sommes prêtes à réattaquer la descente au lac pour explorer l’autre côté cette fois-ci. Au bord du lac, des hommes aux allures de bon vivant venu droit de la capitale, se sont installés pour pêcher. Nous les croisons et espérons juste qu’ils ne pêcheront rien, ou que du mauvais-pas-bon-pas-comestible pour ne pas tomber malade.

Nous évoluons maintenant hors sentier, quand venus de nulle part (comprendre les fourrés indescriptibles qui composent une sorte de jungle, le versant qui tombe à pic de la route vers le lac)déboulent au galop deux petits poneys. Une jument et son poulain et fait, deux petits chevaux d’ici, qui ont l’air en toute liberté. Ils s’approchent de nous, curieux, mais ne semblent pas avoir envie de se frotter à des mains expertes en matière de caresses de poney. Dommage, mais la mère protège son petit, c’est normal. Nous continuons, mais sans chaussures de marche, cela devient délicat. Au détour d’un arbre dont l’ombre nous soulage quelques minutes, nous croisons pour la première fois des représentants plus spécifique de la faune du lac : deux petits oiseaux tout colorés que j’imagine d’abord être des perroquets. Non, pas vraiment en fait, et ils vont beaucoup trop vite pour être observés de prêt. Nous en verrons d’autres, j’espère pouvoir faire un cliché quand je me déciderai à prendre mon appareil avec moi ; pour l’instant, je pense à mes yeux avant de vous faire rêver, c’est sans doute un peu égoïste mais je préfère profiter et découvrir les choses avant de les photographier.

Le non-chemin commence à se faire difficile, le passage d’une rivière avec nos sandales (ouiiii, nous sommes partis en randonnées en sandale, blondes que nous sommes !) ne nous motivent plus trop et on se dit, de mauvaise foi, qu’il faut en garder pour plus tard ! Alors nous optons pour une traversée de barbelé pour passer dans un autre champs qui grimpe en pente raide, on ne sait trop où exactement, mais on n’espère ne pas grimper pour rien !

Bingo, le tout arrive à la route qui mène à notre maison, et d’un passage secret, un !!

Après la série crapahutage, on se décide pour l’option farniente de la piscine. A deux dollar l’entrée, nous dénichons une petite place sympathique ; la vue ne donne pas sur le lac, mais l’air est frais, nous sommes avec une grand-mère et ses 5 petits-enfants, tout est calme pour passer une excellente après-midi. J’avance le livre que Solenn m’a offert avant de partir, Rendez-vous d’amour dans un pays en guerre

En rentrant à la maison, nous avons le plaisir de retrouver Julien. On lui raconte notre week-end, il sait que nous nous sommes tapées l’affiche à ramener un bureau dans tous le village vendredi soir, après le boulot, les locaux lui en ont parlé : si nous achetons des meubles, c’est que nous sommes installées pour un bout de temps ! Il nous raconte le concert que nous avons manqué, et puis sa copine argentine débarque pour un gouter-diner digne d’une fin de dimanche. Petits toast avec fromage frais, tomate et avocat, puis salade de fruits. Nous avons regardé tous ensemble un film allemand sous-titré en espagnol (le mélange détonnant pour le cerveau !), Emma Glück, qui est superbe, on a tous pleuré à la fin et on est parti se coucher sans dire un mot, il est des moments comme ça où le silence est roi.

Et j’ai réalisé ce matin que mon cyber-café ne serait jamais ouvert avant le boulot. Bon, du coup, je ferai des sessions à midi et demi (20h30 en France) ou à 16h, minuit chez vous, mais les quelques truffes ou maman insomniaques seront au rendez vous j’espère ! Je vous remets mon pseudo skype d’ailleurs, parce que je m’étais trompée dans le mail. C’est aurelie.abegg

Besos a todos

Aurelia (à l’espagnol, comme on m’appelle ici…)

Pour les truffes

je confirme: on se bat avec les fourmies, y'a pas de murs (enfin, si, 2 dedans qui séparent nos trois "chambres") et on se bat (sans mauvais jeu de mots) aussi avec les chauve souris!

samedi 5 avril 2008

La maison


la vue de la maison, le jardin un peu fouillis!

l'espace de vie, avec les hamacs

La cuisine, donc derrière le mur du fond, c'est la poubelle organique, à droite c'est l'évier-sans-faience, et au milieu, un four qui reste encore un mystère en l'absence de Julien et un frigo pour survivre!
Voilà Laure, ma binôme de stage, dans notre petit coin salle a manger (enfin, c'est vite dit!)
on s'est fait une orgie de mangue ce soir là...

Re : Travailler ???


La matinée se révèle originale : vers 10h, une petite dame vient me taper sur l’épaule : « Ven aqui para une degustacion »… Effectivement, depuis une petite heure, il se trame quelque chose au bureau. Je vois des gens passer avec des cartons, des plateaux, des verres, puis deux blancs sont intronisés dans le bureau, de façon très solennelle. Mes oreilles sont en mode stand-bye, je me concentre sur ce que suis en train de faire alors je ne prête pas vraiment attention à ce qui se passe autour !

On se rend dans le petit espace retranché derrière le bureau, une grande table rectangulaire sert là de table de réunion. Sont disposés de grande carafes avec des jus de fruits, mais aussi des plateaux avec de petites sucreries coupées en dé, des Dulce comme ils appellent ça ici. Une de nos collègues de la oficina (je n’ai pas encore réussi à bien identifier son travail, ni même son nom, on essaye d’y aller progressivement !) présente le cadre de cette dégustation. Le Mouvement des Femmes de Suchitoto, qui est une sorte de coopérative pour réunir et promouvoir toutes sortes d’activité féminine, fabriquent de façon artisanale des produits de consommation, 100% biologiques ( ???), et aimerait exporter cette production (d’où la présence d’une gringo (américaine) parmi nous qui fait la fine bouche). Alors on goûte des frescos : le principe est simple, c’est de la chaire extraite de fruits, sans aucun additif, et mélangée avec de l’eau. Fruits de la passion, orange, tamarin et mangue, voilà ce qu’on a goûté pour l’instant. Puis vient le tour des Dulce, également au tamarin, à la noix de coco, ou encore avec une espèce de saveur cannelle, mais ça ne doit pas être ça…

Voilà notre matinée de travail….

Et hier après midi, en l’absence de Julien, nous avons notre première réunion de travail pour préparer le conseil municipal de Lundi. Le tout en espagnol, même si ça a un peu de mal à sortir par moment, on y arrive, on plaisante avec les collègues, on comprend pas mal e choses, quel exploit ! Vic et Pati se sont moquées de nous hier en nous hier en trouvant notre peau bien blanche, les femmes ici ne sont pas comme les vietnamiennes à chercher à se protéger du soleil en permanence. Elles assument leur peau mâte sans problème !

Vers 15h, on a demandé à Damien, qui travaille sur la participation citoyenne au sein de la oficina, de nous accompagner pour notre première visite de terrain. Nous devons voir assez vite le terrain sur lequel la mairie souhaiterait construire le terrain de la station de traitement des eaux. On marche au rythme local, on se laisse glisser le long des rues ombragées et ventées vers les quartiers plus bas du village, on découvre la vie de notre compagnon de route : tous les samedis matin, il se rend à un cours à San Salvador pour suivre un master de droit international. On découvre des quartiers surprenants, dont je vous parlerai sans doute plus en détail par la suite.

Je laisse pour l’instant parler quelques photos !

Nous sommes samedi, si le programme ne change pas, nous devons nous rendre à San Salvador toutes seules, pour rejoindre Julien à un concert de musique de guerilleros dans la plus grande université de la ville. On ne sentait pas trop de prendre trois bus toute seule (un pour SS, puis deux pour rejoindre la fac..) étant donné que sur la ligne Suchitoto-San Salvador, un compagnon de chauffeur qui fait payer les gens à l’entrée s’est fait descendre avant-hier. Julien nous apprend ça comme si c’était tout à fait classique comme situation, en ajoutant « mais en général, il ne s’attaque pas aux étrangers, c’est plus compliqué… en tout cas, môa, jamais eu de problème… ». Bon, dans l’organisation du plan du WE, Damien, notre guide de la veille, nous a bien aidé : il nous attendra au terminal à San Salvador pour nous accompagner après au concert. La suite des évènements du WE dans un prochain post. Pour le moment, je vais profiter encore un peu du hamac dans la matinée, puis me rendre au cybercafé pour publier tout ça et papoter avec ceux qui seront en ligne !

Au cyber café wifi

Le grand bonheur, j’ai une connexion wifi à deux pas du bureau, le grand bonheur…

Si je me connecte le matin vers 7h pour moi avant d’aller au boulot (on est réveillé vers 5-6h, et on vit plutôt le matin par ici !), il est 15h par chez vous… enfin la possibilité de vous avoir au téléphone ou par tchat ! et si c’est le midi (mais on n’a qu’une heure de pause) il est 20 heures.

Bon je suis quand même super heureuse, parce que je me voyais un peu coincée au bureau sans la possibilité de faire un beau blog, avec plein de photos, ni celle de téléphoner.

A très bientôt mes p’tits loups, et continuer à mettre des messages sur mon blog, j’adore !

vendredi 4 avril 2008

Troisième manche : travailler


Au boulot ! Ce matin, on arrive difficilement au bureau à 8 heures, et pas de traducteur (en la personne, Julien) si quelque galère linguistique se présente, pas de dépannage momentané !

On s’attelle à la tâche ; première mission, faire un diagnostic des besoins en évacuation des eaux usées du centre urbain. Suchitoto, c’est plusieurs petits centres urbains (dont Colima, dont je reparlerai plus tard). Suchitoto, là où nous habitons, c’est environ 5 000 habitants. Une usine de traitement récupère les eaux usées pour toute la partie Est de la ville, et pour la partie Ouest, rien. Donc nous avons tout à faire, mais heureusement, il y a déjà des éléments qui sont produits sur la question cela nous permettra de nous mettre en selle. Alors les premiers glanages d’info auprès de Pati sont laborieux, mais elle prend son temps, elle nous explique, elle nous écoute.

On perd deux heures cette aprem à essayer de configurer internet sur mon pc, peine perdue, je crois que c’est tout mort… La bonne blague, ce sont les prises de courant qui font des étincelles à chaque fois que l’on branche nos pc. J’ai eu quelque crainte, et puis quand j’ai vu que le pc de Julien supportait la prise avec l’adaptateur complètement défoncé entouré de scotch, ca m’a rassuré !

Cela tourne un peu dans nos têtes : la quantité de travail à fournir (on travaillera sur trois projets), la façon dont on va s’y prendre… c’est là qu’on a l’impression de ne rien avoir appris pendant 6 mois de cours. Sur le terrain, Julien nous annonce d’entrée de jeu que nous ne pourrons jamais obtenir toutes les infos pour faire un bon diagnostic en amont de l’appel d’offre pour la réalisation des usines de traitement. On utilisera sans doute des modèles tout fait, genre pour 1500 personnes, il faut tel dimensionnement. Exactement ce qu’on voudrait éviter, avec une étude approfondie des besoins, mais déjà on manque de temps, raaa !

Je voulais vous mettre quelques photos mais ça s’annonce un peu galère, donc ce sera sans doute pour ce week end.

Julien est en train de nous faire à manger, ca m’a tout l’air d’être un bon cuisto ! Sa copine argentine, qui vit à Suchi depuis 2000, a l’air assez excellente. Elle est avec nous ce soir, pour un petit diner avant un autre coucher de bonne heure, le décalage horaire est un peu douloureux je dois avouer !

Deuxième manche : s’intégrer


La journée de mercredi a commencé… tôt ! Réveillée par le lever du soleil (5 heures), le chant des coqs, les ouafs des chiens, le passage de quelques camionnettes dans notre rue pavée, le départ des jeunes à l’école ver$s 7h, les gens qui tchatchent dans la rue… Là, je retrouve Saïgon, on se lève tôt par ici. Une vue magnifique sur le lac avec des couleurs embrumées au petit matin, et bientôt une séance de yoga de bonne heure pour bien préparer la journée !

Julien a eu la présence d’esprit de nous faire commencer à treize heures, le temps de s’installer (même si pas moyen, vu l’absence de meubles ! de déballer les affaires), surtout le temps de s’intégrer côté farniente hamac en fait !

On se décide à partir à la découverte du village vers 11 heures, nous avons RDV pour déjeuner à midi. Pas de grands yeux ronds à notre vue, Julien a prévenu les commères (au masculin) du coin de notre arrivée pour ne pas faire jaser ! On marche à l’ombre pour ne pas se faire agresser par le soleil, notre peau est encore trop claire. Vite arrivées sur la place centrale qui se compose d’une église, d’un ou deux hotels avec des petites places pour boire un coup, quelques échoppes où l’on peut se procure l’essentiel, mais pas le superflu !

Première fierté, nous sommes capables de demander notre chemin en espagnol pour trouver la Oficina Tecnica où sont nos bureaux. Nous entrons, et nous sommes aussitôt accueillies par Vic, la directrice. Présentation à tout le monde, poignée de main, une bise, les visages et les prénoms fusent, on ne retiendra rien ni personne, bien sûr !

Puis nous nous mettons en quête d’une place pour déjeuner : plusieurs sont exceptionnellement fermées, en effet, depuis le matin, plus d’eau dans le village (on n’a toujours pas pris de douche, ca commence fort…). Lors de travaux, une canalisation a été coupée, ce n’était jamais arrivé aux dire de Julien. On se pose dans un petit resto, rustique (table en bois, haut plafond, murs kitsh, et étal de nourriture réduits ; Julien nous annonce la couleur, on se lassera assez vite de la nourriture. On croise le maire, les présentations officielles auront lieu plus tard.

Retour au Bureau, on attaque : Réunion avec Vic et Pati sur nos missions, en espagnol. Elles parlent doucement, on comprend assez bien, puis Julien nous assure une transmission de docs, d’info pour préparer nos missions dont je vous parlerai plus tard.

A 16h, nous nous rendons à la mairie (en face ! tout est petit) pour rencontrer Javier, le maire. Il nous a fait une très belle présentation de sa ville, son histoire, ses projets. Il s’est montré enthousiaste pour tout… tout !

Raaa, Un énorme crapaud vient de traverser, très enthousisate, la terrasse du jardin pour se rendre dans la pièce de Julien ; et à lui de nous dire que une fois, il a vu une mygale sur le mur de la salle de bain, la fête !

Après cette entrevue avec Javier, j’étais vraiment cuite. La compréhension de l’espagnole, le décalage horaire, la chaleur, cela faisait beaucoup pour une seule journée !

Mais à peine revenue à la maison, Julien nous invite à manger chez sa copine argentine. A l’autre out du village, la maison est sur le même mode que la notre. Plusieurs personnes sont là et je ne saurais dire si ce sont des collègues ou pas. Des familles souvent avec des petits. Bientôt, c’est le maire qui débarque, avec des plats pour notre diner. Une spécialité argentine, des petits beignets fourrés de je-ne-sais-quoi. Des petites chips avec une sauce à la viande. Et une tortilla avec des morceaux de tomates, de fromage frais, et des herbes diverses. Une petite bière, des palabres qui fusent un peu trop vite pour être captées, et une grosse envie de dodo…

Première manche : l’arrivée


Tout se devait de commencer par quelque chose de mémorable, quelque chose qui resterait dans les annales des départs en voyage loupé/comique/pathétique (au choix !).

Et oui, vous n’en croirez pas vos yeux que je puisse être aussi stupide, mais j’ai quand même réussi à oublier sur le bureau de la chambre d’ami à la maison mon portefeuille avec tous mes papiers, la carte de crédit, etc… et je m’en suis rendue compte à l’arrivée à la gare lorsque je m’apprêtais à retirer mon billet de train en borne libre service ! Gros oubli sans gravité, mais témoignage d’un esprit un peu à côté de la plaque pour le départ.

Arrivée à la gare avec mes 40 kilos de bagage (la faute à 15 kg de livres…), Melou au bout du quai qui m’a sauvé la vie, Flo et ses bons conseils de trajets pour aller attraper le RER le lendemain qui m’ont évité les couloirs interminables du métro parisien, la gentillesse de quelques parisiens qui ne devaient pas être des vrais, ma tête en l’air qui m’a fait prendre comme premier RER le A au lieu du B, Laure sur le quai avant d’attraper l’avion, un vol avec un équipage encore plus à l’ouest que je ne l’étais, une course effrénée dans l’aéroport de Miami (on a réalisé l’impensable, ce que personne n’avait jamais réussi à faire, attraper la correspondance pour San Salvador en 2 heures !), bref, autant de petits détails qui sont déjà dans ma tête. Je les écris ici parce que je veux être capable de me rappeler de tout ça, mais sans doute que ça n’intéressera que moi…

Et les emmerdements attendus aux douanes de France et d’ailleurs qui n’eurent pas lieu… Julien (notre colloc/collègue/coopérant pour l’ONG pour laquelle nous travaillons) nous attendait à la sortie de l’aéroport. Première chaleur, premier bonheur, que cela fait du bien d’être enfin reparti, sur le terrain, à l’aventure…

Une heure et des brouettes plus tard, nous découvrons avec surprise (d’autres, je les vois d’ici genre JM, Dadoo, diraient, « avec stupeur ») notre maison. Louée par la mairie pour les coopérants d’Apoyo Urbano (l’ONG), elle est tout ce qu’une roots comme moi pouvait souhaiter :

Douche spartiate à l’eau froide

Trois pièces, trois lits, point. (et des lits artisanaux !)

Une terrasse ombragée, quelques petits sièges de bois, deux hamacs, une table pour poser le PC et rédiger le blog le soir, une cuisine avec frigo et four pour faire à manger (on n’est pas à Saigon ici, il faut travailler un peu le soir !), et un évier façon, façon ?? mais pas en faïence, c’est sûr ! Pas de machine à laver, pas de ventilateur, pas de miroir, pas d’étagères (mais ça, on va tacher d’y remédier rapidement !), pas de portes (bientôt des rideaux ?), des chauves-souris, un petit scorpion, des lézards, des chats et des chiens qui passent dans le jardin, des cigales qui chantent, pas d’intimité et on partage tout avec les animaux !

Un jardin donc un petit cinquantième est entretenu par Julien pour avoir piment, herbes diverses dont de l’origan (c’est fabuleux l’origan !) ; le reste tombe vaguement à pic vers le lac, enfin, on ne sait pas très bien, ce n’est pas accessible ! Et le réseau d’eaux pluviales qui le traverse, il paraît que ca fait une rivière avec une cascade au bout pendant la saison des pluies. Mais ça transporte surtout quantité de sacs plastiques qu’on se fera une conscience environnementale de retirer dès que cela fera foison !

Des règles simples : on sépare l’organique du reste. A savoir, on jette tout l’organique derrière le mur de la cuisine, on ne voit rien, on ne sait pas.

On ne jette pas le papier toilette dans la cuvette des toilettes, parce qu’on n’a pas de réseau d’assainissement, tout va dans une fosse septique qui ne marche pas, et en aval de notre jardin. Mais merveille, ca ne sent rien !

Voilà, prenez donc bien conscience de votre confort quotidien, sans doute que la douche chaude et la télé dans un canap’ tout moelleux vont me manquer un peu, on ne renie pas ses origines d’un coup de « maison magique au bord d’un lac si peu pollué » !

Nan, sans blague, la vue est belle, il ne fait pas trop chaud et le hamac, c’est le pied !